Élection du 3 novembre : La tragédie américaine

Le monde entier a les yeux braqués sur l’Amérique qui s’apprête à renouveler le collège électoral des grands électeurs, collège qui aura ensuite la tâche de choisir entre le candidat démocrate Joe Biden et le président républicain sortant Donald Trump. Quels sont les enjeux de ce scrutin et doit-on considérer que l’élection de Biden serait une bonne nouvelle du point de vue international ?

Bien entendu, la plupart des personnes modérées ou progressistes sont contre Donald Trump. En dépit d’une réussite de façade du point de vue économique, son pays apparaît si divisé qu’on le qualifie volontiers de « plus mauvais président de l’histoire des États-Unis » comme Joe Biden l’a fait au cours du premier débat télévisé. Il faut dire que le personnage a tout pour être détesté et même ses succès potentiels sont des travestissements de la réalité. Ainsi, son succès sur le front de l’emploi doit être relativisé. Obama avait en effet dû composer avec la crise des subprimes mais avait toutefois laissé le pays avec un taux de chômage de 4.7% en 2016. Avec un plus bas historique de 3.6%, ce qui correspond au plein-emploi, on pourrait considérer la réussite de Trump comme totale. Mais si l’on compare aux chiffres de la fin de l’ère Obama, on se rend compte que le miracle Trump correspond à une baisse d’à peine 1.3%. Victoire à la Pyrrhus puisque l’on sait que pour cette baisse somme toute marginale, la dette publique a explosé, augmentant de plus de 3.000 milliards avant même le déclenchement de la crise du SARS-Cov-2. Il faut dire que la baisse de la fiscalité a grandement contribué à plomber les finances publiques déjà meurtries par la crise de 2008 (notons également qu’un examen approfondi des chiffres du Bureau of Labor montre que le chiffre de 3.6% est largement minoré).

Mais l’Amérique est un pays qui apparaît également blessé au plus profond de son âme car Trump, par ses outrances, n’a pas su rassembler le pays. Son manque de fermeté à l’encontre des suprémacistes blancs dès le début de son mandat, lors des épisodes les plus marquants du mouvement Black Lives Matter, ou encore lors du débat qui l’a opposé à Joe Biden a par exemple été fermement condamné.

Enfin, sur le plan international, Trump n’a pas engagé son pays dans une nouvelle guerre désastreuse, ce qui lui a d’ailleurs valu d’être sur la liste des prétendants au prix Nobel de la paix. Mais il a toutefois intensifié l’effort de guerre des États-Unis dans certaines régions du monde, notamment en Afghanistan où une pluie de bombes s’est abattue sur le pays.

Biden apparaît donc comme l’homme providentiel. Il a dû batailler ferme contre Bernie Sanders qui représente l’aile gauche du parti démocrate, aile gauche de plus en plus puissante grâce au leadership d’Alexandria Ocasio-Cortez. Son programme est bien entendu plus consensuel que celui de Donald Trump et il entend notamment réduire les inégalités en revalorisant le travail et en taxant davantage les hauts revenus. Tandis que sur le plan international, il entend renouer avec la politique des vieilles alliances. Sans parler du fait qu’il est contraint par son aile gauche de s’attaquer au problème du changement climatique.

Biden a donc tout pour s’attirer la sympathie des progressistes du monde entier, d’autant que Trump a laissé planer le doute quant à ses intentions à l’issue d’un scrutin qu’il a présenté à plusieurs reprises comme truqué, en raison du problème posé par les votes par correspondance, si bien que de nombreux commentateurs font état d’un possible coup d’état s’il ne reconnaît pas sa défaite. Mais le mouvement de sympathie dont semble profiter Biden ne doit pas faire oublier son passé politique et tout le mal qu’il a pu faire en plus de 40 ans de carrière. Citons pêle-mêle son soutien en faveur de la limitation de l’avortement au début de sa carrière politique, de l’incarcération de masse sous Reagan ou encore de la guerre en Irak sous Bush en 2003, sans oublier tout ce qu’il a pu faire lorsqu’il était vice-président de Barack Obama. Pour ceux qui auraient la mémoire courte, les USA, sous la vice-présidence de Biden, ont permis le renversement de Mouammar Kadhafi en Libye, plongeant le pays dans le plus indescriptible chaos. Ils se sont également  opposés au régime Syrien qui se battait contre la poussée de l’Etat-Islamique, ce qui a conduit à la déstabilisation de toute la région. Être contre Bachar El Assad peut se comprendre, mais chercher à déstabiliser la région à tout prix alors que ce dernier était soutenu par les Russes et essayait de repousser l’EI est bien entendu irresponsable. Sans parler du fait que les Américains ont utilisé les mêmes méthodes que les Russes pour libérer certaines enclaves contrôlées par l’EI. Et puis, il y a l’affaire ukrainienne. Les États-Unis ont ainsi apporté leur soutien aux rebelles controversés de Maidan, ce qui a mené à un bain de sang et à la guerre civile. Et au moment de la reconstruction de l’Ukraine, Joe Biden a joué un rôle décisif pour éviter que le procureur général ukrainien Chokine ne mène une enquête pour corruption visant une société dans laquelle son fils avait des intérêts.

Que ce soit Biden ou Trump, l’Amérique s’apprête donc à faire le choix du pire. Le pays est devant la plus odieuse alternative, une alternative d’auto-destruction. Quoi qu’il fasse, à l’image d’un héros grec, il court à sa propre perte. Le problème est que la tragédie dépasse le strict cadre des États-Unis, puisque le monde entier sera impacté par le choix qui sera fait le 3 novembre. Rappelons qu’entre la peste et le choléra, il n’y a pas de choix possible, les deux sont à combattre avec la plus ferme énergie.

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