Macron, une stratégie du choc assumée

L’allocution d’Emmanuel Macron du 12 juillet 2021 illustre parfaitement la stratégie du choc théorisée par Naomi Klein. En raison de la pandémie et du choc économique qui y est associé, la population se retrouve dans une sorte d’hébétude mentale qui l’empêche de réagir et de contrer les réformes néolibérales qui se profilent. J’avais déjà parlé de ce phénomène lors de la crise des Gilets Jaunes (l’article est disponible ici). A la faveur de la crise sanitaire, Macron a ainsi de nouveau annoncé une série de mesures visant à libéraliser davantage l’économie française.

Il y a bien entendu la réforme des retraites qui est à nouveau sur l’agenda du chef de l’état, avec la suppression annoncée des 42 régimes spéciaux pour les nouveaux entrants, et un âge pivot fixé à 64 ans. Soulignons que cette réforme n’a aucun sens pour deux raisons principales : les réformes précédentes ont permis de constituer un véritable trésor de guerre estimé à quelque 165 milliards d’euros ; la robotisation et la digitalisation de l’économie ont ensuite permis de réaliser des gains de productivité significatifs qui pourraient permettre de financer les retraites aisément.

Mais ce n’est visiblement pas assez pour Macron qui obéit aux ukases de l’union européenne… Rappelons en effet que le déblocage des fonds du plan de relance européen, qui coûte davantage à la France qu’il ne lui rapporte, doit être accompagné de réformes structurelles. La concomitance entre les annonces de Macron et le feu vert d’Ursula von der Leyen au plan de relance français ne doit donc rien au hasard ; Macron suit aveuglément la feuille de route de la commission :

Mais réformer les retraites est insuffisant, il faut aller plus loin. C’est la raison pour laquelle « la réforme de l’assurance chômage sera pleinement mise en œuvre dès le 1er octobre ». Et en filigrane, Macron a également visé la fonction publique puisque qu’il a mis en parallèle les rentes et les statuts, grand classique de l’antienne néolibérale :

« La seule solution est de continuer à bousculer le système et les positions établies, les rentes, les statuts ».

S’il va au bout de ses intentions, la France aura opéré sa mue néolibérale, quelque 40 ans après la révolution Reagano-Thatcherienne. L’homme a l’air déterminé, plus que jamais. L’abstention ? Il la voit comme un encouragement à accélérer les réformes et non comme un rejet du système néolibéral qu’il incarne à la perfection. Un quinquennat pour tout détruire, c’est bien suffisant. Et s’il n’est pas en situation de se représenter, un autre prendra le relais… On pense bien évidemment à Philippe, qui guette depuis sa retraite havraise, ou à Bertrand, compromis dans l’affaire du Médiator, mais qui apparaît comme l’homme providentiel à droite depuis les régionales. Et si le pays élisait Le Pen, rien ne changerait puisque cette Tartuffe faussement anti-européenne a fait allégeance à l’euro, formidable outil de domination des peuples, façonné par l’ordolibéralisme allemand.

Il faut donc toujours réduire la voilure sociale pour permettre aux grandes entreprises qui ne s’acquittent pas de l’impôt de prospérer. Le problème est que cela s’accompagne d’une montée inquiétante de l’autoritarisme. Les Gilets Jaunes, les lycéens, les soignants, les teufeurs, les zadistes et parfois même les citoyens, au cours d’une simple interpellation, en ont fait l’amère expérience : la répression macroniste, au cours de ce quinquennat, fut insensée. La mise en place du pass sanitaire ne manquera pas de créer de nouvelles tensions lorsque les forces de l’ordre devront déloger des personnes refusant la vaccination.  Et on ne risque pas grand-chose en pariant sur un degré de violence inouï à l’encontre de personnes voulant simplement prendre un café en terrasse sans pass sanitaire…

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’internautes ont souhaité établir un parallèle entre la situation actuelle et certaines périodes de l’histoire, telles que les expériences ségrégationnistes ou la Shoah. J’ai lu beaucoup de réactions indignées d’intellectuels morigénant ces internautes pour leur manque de culture historique. J’interprète ces réactions non seulement comme un mépris de classe, mais comme la preuve que l’élite française méconnait profondément les ressorts de l’idéologie néolibérale.

Il faut tout d’abord garder à l’esprit que le néolibéralisme est d’essence autoritaire. La première expérience fut en effet menée au Chili sous Pinochet, après le coup d’état du 11 septembre 1973. Or, ce qui est intéressant dans les systèmes que l’on étudie, c’est le fait de repérer les mécanismes qui mènent à la réification, à l’exclusion, ou même à la mort. Et ces mécanismes sont malheureusement universels. Ainsi, on ne peut reprocher aux gens d’opérer des analogies.

Rappelons également que la mise en relation d’éléments hétéroclites est une propension naturelle de l’être humain… C’est même un principe fondateur en poésie, qui est également à l’œuvre dans le domaine des sciences. Bien entendu, l’étude est nécessaire pour éviter raccourcis et rapprochements simplistes, mais la logique d’exclusion dans le cadre néolibéral est à prendre très au sérieux puisque par essence, le néolibéralisme a pour vocation de placer le pouvoir entre les mains d’experts. Le peuple se retrouve alors privé de sa souveraineté, du processus décisionnaire et le gouvernement des experts, structuré comme un féodalisme, agrège tous les pouvoirs.  Jusqu’où ces experts peuvent-ils aller pour soumettre le peuple, nul ne peut le dire. Mais l’expérience chilienne est là pour nous inciter à la vigilance ; le peuple a donc raison d’opérer de possibles rapprochements entre ce que nous vivons et les heures noires de l’histoire. Pour l’instant, la France n’est qu’une dictature de transition, mais si elle va plus loin dans l’illibéralisme, il se peut que le pays des lumières devienne véritablement le pays des ténèbres… Les sondages qui ont suivi l’allocution présidentielle, montrent que les Français approuvent massivement les mesures sanitaires annoncées par Macron, ce qui n’incite guère à l’optimisme.

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